. Le bourg a gardé de cette nuit une habitude que plus personne ne sait vraiment expliquer : à Meni’Att, on ne sonne la cloche du phare qu’une seule fois chaque hiver, jamais deux.
. Le vieux Torvald, chasseur respecté du bourg, jurait qu’un soir, un enfant l’avait fait sonner deux fois par jeu, et que le lendemain, tout le village s’était réveillé en fredonnant la même phrase, sans savoir où ils l’avaient entendue ni ce qu’elle signifiait. Torvald refusait toujours de dire laquelle, certain que la répéter suffirait à tout recommencer.
. Personne ne sait si la cloche a vraiment sonné deux fois ce soir-là, ni même si Torvald a réellement vécu : les conteurs ne s’accordent pas sur l’époque, certains plaçant l’histoire avant la Lune Pourpre, d’autres bien avant l’invasion des Hommes du Nord elle-même. Ce qui reste certain, c’est qu’à Meni’Att, la cloche du phare se sonne encore une fois chaque hiver, sans que personne ne sache vraiment pourquoi — sinon que « ça s’est toujours fait ainsi ». Comme le disent les anciens de Mar : « Ce qui sonne deux fois se souvient de toi. »
. Certains, à Meni’Att, préfèrent une explication plus terre-à-terre : la coutume daterait simplement d’un vieux règlement militaire pris après l’invasion, où sonner la cloche deux fois signifiait autrefois l’arrivée imminente de l’ennemi. Les anciens ne s’accordent jamais sur laquelle des deux histoires est la bonne — et refusent, systématiquement, de trancher.