Meni’Att

. Meni’Att est un petit bourg de la région de Mar, à Nifadà, connu pour son phare bâti sur la pointe rocheuse qui garde l’entrée de sa baie. C’est un lieu que l’Histoire n’a jamais vraiment laissé tranquille : c’est ici que commença, en 3852, l’invasion des Hommes du Nord — et le bourg en a gardé bien plus qu’un souvenir.


📖 Un bourg comme un autre

. Avant 3852, Meni’Att n’était qu’un bourg de pêcheurs et de chasseurs parmi d’autres dans la région de Mar. Ses eaux, réputées difficiles, forcent encore aujourd’hui à naviguer avec prudence — c’est en partie pour cela que le phare fut construit sur la pointe qui domine la baie.

C’est d’ailleurs à Meni’Att que serait né le pemmican, cette boule de viande séchée, de baies et de graisse animale que l’on trouve aujourd’hui dans tout Nifadà, réputée pour se conserver une dizaine d’années — un savoir-faire de marins habitués aux longues traversées et aux hivers qui ne pardonnent pas.

🗼 Le Phare

. Peu de choses sont connues sur le phare lui-même : ni son âge exact, ni la main qui l’a bâti, ni ce qu’il était vraiment censé éclairer avant 3852. Certains, à Meni’Att, disent qu’il ne servait qu’à guider les bateaux de pêche dans le brouillard fréquent de la région. D’autres affirment que sa flamme n’a jamais eu qu’un seul but : surveiller l’horizon nord, d’où l’on n’attendait jamais rien de bon.

Ce qui est établi, c’est qu’en ce début d’année 3852, c’est par ce phare et les villages alentour que l’invasion des Hommes du Nord a commencé sur le sol de Nifadà — bien avant que la nouvelle n’atteigne Aretiq, puis Trixia.

. Nul ne sait si le phare a réellement guidé les navires des envahisseurs jusqu’à la baie, ou s’il n’a fait qu’assister, impuissant, à leur arrivée. Les deux versions circulent encore à Meni’Att, et aucune des deux n’est vraiment plus rassurante que l’autre.

⚔️ La première nuit

. En une semaine à peine, la cité tombe sous les coups de l’armée de Radulfr, dit « le valeureux », venu d’un continent encore plus glacial que celui de Nifadà. Le conseiller Habarth de Mar II y meurt au combat, tentant d’en organiser la défense. Le roi Bjarnarof parvient, un temps, à contenir l’avancée à Meni’Att et Aretiq — un répit de courte durée, puisque Trixia, le grand port, tombe à son tour dans la nuit du 3 Lich 3852.

. Ce que l’Histoire retient moins, c’est que les envahisseurs ne s’attardèrent pas longtemps à Meni’Att. Une fois le passage assuré, l’armée de Radulfr laissa le bourg derrière elle et profita de l’effet de surprise pour se jeter sur le port de Treffisal, alors terre tannuvelienne — un raid qui, des décennies plus tard, mènerait indirectement à la naissance du royaume de Treffisal en tant qu’État indépendant. Peu de gens à Meni’Att savent qu’ils sont, malgré eux, à l’origine de tout cela.

🔔 La Cloche du Phare

. Le bourg a gardé de cette nuit une habitude que plus personne ne sait vraiment expliquer : à Meni’Att, on ne sonne la cloche du phare qu’une seule fois chaque hiver, jamais deux.

. Le vieux Torvald, chasseur respecté du bourg, jurait qu’un soir, un enfant l’avait fait sonner deux fois par jeu, et que le lendemain, tout le village s’était réveillé en fredonnant la même phrase, sans savoir où ils l’avaient entendue ni ce qu’elle signifiait. Torvald refusait toujours de dire laquelle, certain que la répéter suffirait à tout recommencer.

. Personne ne sait si la cloche a vraiment sonné deux fois ce soir-là, ni même si Torvald a réellement vécu : les conteurs ne s’accordent pas sur l’époque, certains plaçant l’histoire avant la Lune Pourpre, d’autres bien avant l’invasion des Hommes du Nord elle-même. Ce qui reste certain, c’est qu’à Meni’Att, la cloche du phare se sonne encore une fois chaque hiver, sans que personne ne sache vraiment pourquoi — sinon que « ça s’est toujours fait ainsi ». Comme le disent les anciens de Mar : « Ce qui sonne deux fois se souvient de toi. »

. Certains, à Meni’Att, préfèrent une explication plus terre-à-terre : la coutume daterait simplement d’un vieux règlement militaire pris après l’invasion, où sonner la cloche deux fois signifiait autrefois l’arrivée imminente de l’ennemi. Les anciens ne s’accordent jamais sur laquelle des deux histoires est la bonne — et refusent, systématiquement, de trancher.

🌊 Meni’Att aujourd’hui

. Le bourg s’est relevé, comme le reste de Nifadà, mais il porte toujours la trace de cette première nuit. Le phare, lui, est resté debout, entretenu de génération en génération par une poignée de gardiens qui s’en transmettent la charge en famille — et la cloche avec elle.

. Pour le voyageur de passage, Meni’Att reste un bourg tranquille de pêcheurs et de chasseurs, plutôt accueillant tant qu’on ne pose pas trop de questions sur la cloche. Pour ceux qui savent écouter, en revanche, c’est un bon endroit pour entendre parler d’une nuit vieille de presque mille ans, et se demander ce qu’elle a vraiment laissé derrière elle.